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18/06/2013

La beauté, l'Autre, le sport et la culture : des cibles pour la bêtise !

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        Sauvages, non civilisés, barbares, nous sommes une civilisation de l'agression, du meurtre, de l'indécence. Ah oui ? Mais comment cela se fait-il ? Pourquoi le viol, la mort, la haine sont-ils comme la trame de fond de notre information quotidienne et de notre mode de vie relationnelle ? Les faits divers et autres erreurs dont la laideur nous accable jour après jour ne sont-ils pas explicables ? Sont-ils là par hasard ? __Peut-être bien que non...

 

 

 

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        A.  Dans des époques qui, aujourd'hui, paraissent à beaucoup d'entre nous avoir été des époques rétrogrades, on associait à l'idée de la femme celle de la beauté. Dans des religions encore plus rétrogrades du moins si l'on en croit l'air du temps, on associait Dieu à l'idée de ce qui est totalement l'autre, ce qui est Autre : l'Autre, l'inconnaissable, le mystérieux, le transcendant bien au-dessus de nos pensées, de nos forces intellectuelles. Et l'étranger, qui est différent de nous, qui est autre que nous, était peut-être un peu proche de ce grand Autre, objet de toute admiration et de toute vénération infiniment respectueuse. Une dame de notre France d'aujourd'hui, française, née à Paris, portant les beaux prénom et nom de famille de Rokhaya Diallo, aurait pu bénéficier de ces motifs de respect, de considération, d'admiration, d'autant plus qu'elle a montré par ses actes qu'elle se dévouait généreusement au bien de son prochain. Hélas ! Autres sont les temps, autres sont les moeurs ! Est-ce pour la récompenser ? Un anonyme a proposé qu'on la viole, il a présenté son idée avec haine, avec racisme, avec laideur et vulgarité, ne respectant rien de tout ce que nous venons d'évoquer, et surtout pas la personne humaine, la personne de cette dame, cette française, cette personne tout simplement ! Et la personne en question a porté plainte. Voir Le Monde, 17 06 2013. Lien : Beauté l'Autre.

 

        B.  Le sport est une école de maîtrise de soi, de vie collective, de respect des règles et des personnes, de discipline en équipe et, à ce titre, de respect d'une autorité qui fait en quelque sorte partie des règles du jeu. Des jeunes, forts et sportifs, probablement heureux d'être en forme, ont dirigé contre l'arbitre l'énergie qu'ils auraient pu réserver exclusivement à l'ingénieux maniement de leurs pieds, du terrain de foot, et du ballon. L'arbire est mort. Le plus grave, c'est que cela n'est pas sans rapport avec une certaine abondance de "faits divers" qui présentent un peu les mêmes caractéristiques : violence, force appliquée là où ce n'était pas en principe prévu (!), absence du respect de la personne, absence, peut-être, de l'idée même de ce qu'est une personne et du respect que cela entraîne... Mais aussi : oubli de ce qu'est une communauté, sportive ou autre, refus des notions d'ordre, de discipline, de soumission (aux lois, aux règlements...). En somme, si je suis bien représentatif de ce que nos sociétés, y compris française du reste, peuvent nous offrir de pire au quotidien, je dirait haut et fort que quiconque s'oppose à mon 'MOI, JE SANS LIMITES' ne va pas tarder à se faire traiter par mes soins de fasciste ou de rétrograde... Et le résultat n'est pas très probant, pourtant : car l'arbitre est mort ! Et ça ne compterait pas, ça ? Lire Jean-Pierre Stroogants, correspondant à Bruxelles, Le Monde, 17 06 2013. Lien : VIOLENCE PERSONNE AUTORITé ORDRE COLLECTIVITé.

 

 

        C.  La culture, depuis des temps immémoriaux, a partie liée avec le commerce. Poussons le bouchon un peu plus loin, et supposons qu'il s'agisse d'un mariage : le mariage de la culture et du commerce, béni par l'argent et parrainé par l'échange. Beau, non ? Mais voilà : même si je suis marié à une jolie femme, je suis moi, et je ne suis pas elle. La culture, serait-elle mariée au commerce, n'en serait pas pour autant devenue le commerce. La culture comporte ses propres règles de vie interne, de processus créatifs, de densité humaine, que le commerce ignore. Le commerce aide la culture à se répandre, et parfois à se créer grâce aux échanges et apports mutuels entre pays, villes, civilisations... Mais cela ne donne aucun droit au commerce sur la culture, qui demeure souveraine en son propre domaine. La France prétend défendre ce genre de préoccupations dans des discussions internationales, et l'Europe est d'accord avec la France. L'Europe, représentée en l'occurrence par le Parlement européen, institution notablement démocratique au sein même des institutions de l'Europe ! Or, un certain président de la Commision européenne a émis son avis, critiquant du même coup la position de la France, sous-estimant l'importance et le rôle du Parlement européen, s'attribuant en quelque sorte le droit de remplacer tout le monde et toutes les opinions à lui seul. SANS TENIR COMPTE DE L'AVIS ET DU MANDAT qu'il a reçus de la part DES ETATS DE L'EUROPE, NI DU VOTE DU PARLEMENT DE L'EUROPE ! Modeste va ! A travers ses propos, le commerce tyrannise sa belle épouse la culture, l'individu s'érige en juge des institutions, et le particulier prétend exercer des compétences qui ne lui ont pas été reconnues.

 

        A un si haut degré de responsabilité publique, on s'attendrait à un peu de retenue devant l'Autre : cet Autre si gênant, alors que MOI, JE SANS LIMITES, c'est si doux, si agréable : comme si l'on était seul au monde, sans Dieu ni diable, sans lois ni règlements, sans équipes ni parlements, sans compétences ni distribution des rôles... et finalement sans Europe ! Un comble ! Le comble ! Lire Le Point, 17 06 2013. Lien : CULTURE PARLEMENT EUROPéEN COMPéTENCES.

 

 

Que penser de ces quelques exemples insupportables de bêtise humaine ?  

        Les fleuves sont utiles, ils sont source de vie et nourrissent les cultures, animent la nature, attirent les villes. Mais leurs débordements tuent, détruisent. Telle est la vie des hommes que nous sommes : une fois sortis des digues que représentent le respect et l'admiration de l'Autre, nous envahissons tout sans nulle gêne, violemment, dans la haine, le meurtre, le racisme, l'arrogance et la destruction de la société démocratique. Certes, les dieux d'autrefois n'ont pas bonne presse au moment où vous lisez ces lignes, chères lectrices et chers lecteurs : mais, même si l'étoile polaire a cessé de nous sembler mystérieuse, ou transcendante, elle continue malgré tout d'indiquer le nord. C'est ainsi que les dieux et les mythes, les règles et les tabous que nous nous acharnons à détruire n'en continuent pas moins, eux aussi, de nous donner quelques conseils que nous ferions bien de suivre.

 

        L'Autre existe toujours. Et s'il n'existe pas, il nous faudra l'inventer au moins, je dis bien au moins pour ne pas sombrer dans la folie complète dont nous avons, à ce qui semble, un petit aperçu.

Merci de m'avoir lu, Estival.

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29/12/2012

"Femme" : ailleurs et ici, dans la culture, la politique, la vie aujourd'hui

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       Les femmes semblent bien différentes, selon que nous les considérons à travers la sensibilité d'un site culturel méditerranéen comme Babelmed, ou avec les yeux de l'UNESCO, ou dans le cadre d'une enquête sur la société qui nous entoure. Et nous sommes tout étonnés lorsque, revenant plus précisément en France, nous voyons comment les femmes peuvent être prises (et traitées) dans le tourbillon du monde politique et de sa théâtralité ! A la fin de cette année politique riche en vulgarité, en violence, en racisme, en outrances verbales, en déformations de la vérité, et autres formes de comportement moral ou intellectuel indignes de la nature humaine, nous aimerions inviter le lecteur à quelques instants de dépaysement, autour de ce thème de la femme, et des femmes qui habitent notre monde, nos sociétés, notre pays, notre paysage politique. Il va de soi qu'en France tout justifie que nous fassions "cocorico" du début à la fin de l'année civile, y compris dans les manifestations de l'incivilité la plus regrettable qui montre le bout de son nez dans ce pays, aussi !  

 

    1. Des femmes ont su utiliser l'art cinématographique pour créer un espace de réflexion et d'espoir : au Maghreb. Site de Babelmed, 07 12 2012. Lien : FEMME CINéMA MAGHREB

    2. Les métiers de la pensée, l'écriture, la sociologie, le théâtre par exemple donnent à voir des femmes d'une grande importance pour la pensée et la culture du monde qui se construit. Site de Babelmed. Lien : FEMME ARABE CULTURE

    3. On n'oubliera pas, au moment de dire adieu à l'année 2012, l'image de MALALA, cette jeune héroïne qui reçoit l'hommage de l'UNESCO. Libération, 20 12 2012. Lien : FILLES éDUCATION MALALA.

    4. Mais ne nous perdons pas dans le vaste monde ! Les femmes que nous côtoyons sont souvent plus proches de ce qu'évoque pour nous l'appellation de "femme moderne" : et de façon plus contemporaine la femme "connectée". Une enquête de Médiamétrie dresse un profil assez intéressant, attirant peut-être, mais aussi un peu inquiétant. Le Monde, 20 07 2012. Lien : FEMME INTERNET.

    5. Alors ? Tout change ou va changer ? Tu parles ! Allons passer quelques instants à l'Assemblée nationale, vous savez, celle qui siège à Paris, notre capitale. Elégance, légèreté d'un décor qui évoque la campagne verte et rafraîchissante, féminité, présence des femmes au gouvernement, délicatesse du comportement à la française, nous allons retrouver ces vertus qui grandissent la France dans l'imaginaire de nombreux pays étrangers. A moins que nous ne soyons surpris, et en sens contraire ? SudOuest, 18 07 2012. Lien : FEMME MACHISME.

    6. Bien sûr, il faut supprimer la prostitution ! Le parti socialiste en est persuadé. Mais ne sommes-nous pas témoins, à ce sujet, d'une petite "erreur" de tactique : n'y a-t-il pas, sous nos yeux, un exemple de comportement hâtif ? Ou pas ? Qu'en est-il de cette question dans l'actualité de l'année 2012 ? Lire Alice Géraud (la photo est de Sébastien Erome : "Erome" avec un "é") in Libération, 19 07 2012. Lien : PROSTITUTION ABOLIR.

       Nous espérons que le lecteur se sera au moins un peu distrait, sinon carrément dépaysé, en lisant les articles que nous citons ; et qu'il sera de la sorte bien préparé à quitter la vieille année avec des rêves plein la tête, plein le coeur. Et ces rêves, que peuvent-ils bien être ? Eh bien, disons : dans le domaine de la politique, comme dans celui de la vie en société, des images de légèreté, d'élégance, des propos doux et amènes, polis et distingués, mesurés, circonspects, en somme un monde enfin adulte, enfin responsable ! Comme des grands ! Et des grands, même puissants ou riches, qui protègent les petits, avec justice et dans la solidarité ! C'est possible : c'est en France. La France résiste à la violence raciste, xénophobe, sexiste, discriminatoire, inhospitalière, inquiète, apeurée et cause de frayeurs ! "France (raison, élégance, mesure, universalité) résiste" !  

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20/12/2010

"Qu'ils disparaissent !" Tricadio, ou le conte pour un coeur endurci

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 Avertissement : à part le numéro 9, tous les liens 

contenus dans ce message renvoient à

des messages antérieurs dans ce même blog

(on les quitte donc par la flèche "retour", en haut à gauche).

Mais dans chacun de ces messages se trouvent

des liens dont chacun ouvre une nouvelle page...

    Il était une fois un petit bonhomme de quelques années nommé Tricadio. Il avait le nez rond, les yeux grands, et les oreilles fines. Comme il s'ennuyait chez lui, il sortit et partit à l'aventure.

    Dans le premier village qu'il traversa, il vit une troupe de femmes très tristes. Elles avaient beaucoup souffert, elles avaient trouvé un lieu d'accueil où on les aidait à reprendre espoir. Et puis, ce lieu fut fermé, elles ne furent plus aidées et devinrent profondément désespérées. Dès que Tricadio eut entendu leur histoire, son coeur se durcit, il se mit à haïr ces femmes et déclara : "Qu'elles disparaissent!" Aussitôt, les belles et jeunes femmes tristes s'évaporèrent, et formèrent un gros nuage placé si haut, si haut dans le ciel que nul ne pouvait le voir. Tricadio se réjouit et continua sa route. Et d'1

    Un peu plus loin, il remarqua un panneau qui indiquait la direction d'une grande ville. Il pressa le pas et se retrouva bientôt devant une édifice laid, crasseux et sordide dont il comprit plus tard que c'était un hôpital. Des gens étaient assis à même le sol et discutaient entre eux dans une langue étrange. C'étaient des demandeurs d'asile, qui avaient fui leur pays en guerre parce que des ennemis avaient détruit leurs maisons et menaçaient de s'en prendre à leurs vies... Un personnage revêtu d'une blouse blanche passa, et Tricadio lui demanda ce que ces étrangers faisaient là. Il lui fut répondu : "Ils veulent se faire soigner, mais ils n'ont pas de papiers, et ils sont malades, et ils ne sont pas français". Tricadio, dans son petit coeur enfantin, avait horreur des étrangers, des malades et des gens sans papiers. Il s'écria donc aussitôt : "Qu'ils disparaissent" ! Les demandeurs d'asile fondirent comme neige au soleil et se retrouvèrent quelque part si haut, si haut dans le ciel qu'on ne pouvait même plus les apercevoir. Tricadio fut heureux. Et de 2 !

    Habile comme il l'était, notre petit héros trouva le moyen de prendre le train, puis de se faire accompagner en taxi, mais gratuitement, jusqu'à un ensemble de tours et constructions diverses, le tout entouré de force barbelés, et équipé de dizaines de caméras de surveillance. Cela lui plut et il s'approcha. Il ne put rencontrer personne mais comprit, en lisant les quelques mots affichés sur la porte, que c'était un lieu d'accueil pour des gens que la France n'avait pas l'intention de garder sur son sol. L'idée d'accueillir ces gens-là, même pour quelque temps, déplut au plus haut point à l'enfant si suave, et il lança joyeusement : "Qu'ils disparaissent" ! Les portes s'ouvrirent et une foule de gardiens sortit en courant et en hurlant : "Les étrangers ont disparu, ils se sont évaporés comme des nuages". Tricadio savait bien, lui, que les étrangers de ce camp de rétention étaient quelque part dans le ciel, si haut que nul n'aurait pu soupçonner la présence de leurs ombres parmi la foule des étoiles. Il eut chaud au coeur. Et de 3 !  

    Comme il avait beaucoup aimé le train et tout ce qui s'y rattache, il revint à la gare et tomba par hasard sur un wagon isolé, apparemment abandonné, au bout d'un quai désert. Inspectant le wagon par pure curiosité, il entendit des cris : c'était un paraplégique, assis dans un petit fauteuil roulant, et que tout le monde avait oublié d'aider à descendre sur le quai. Arriva, sur le quai précisément, une bande d'étudiants à qui Tricardio essaya d'adresser la parole. Rien à faire : ils parlaient entre eux, et si fort qu'il n'y avait pas moyen de se faire entendre ! Figurez-vous qu'ils avaient passé un examen difficile, un examen écrit, dans des contitions épouvantables, sans même une table pour poser la feuille sur laquelle, en principe, ils devaient rédiger leur devoir... Ils parlaient donc de ce malheur, ainsi que de plusieurs autres : par exemple, des haïtiens qui n'avaient pas de papiers avaient été interdits d'entrée sur le sol français, et aussi une employée avait été traitée comme une bête de somme ou quelque chose comme ça... Tricadio, un peu comme le lecteur de ces lignes, commençait à en avoir assez et hurla : "Qu'ils disparaissent" !Dans le wagon, sur le quai, mais aussi en ville et même de l'autre côté de l'océan, des personnes disparurent et furent déportées bien loin, quelque part entre notre planète et la lune. Elles étaient donc là, perdues dans le vide, elles étaient devenues transparentes, translucides, invisibles... Ouf ! Et de 4 !

    Cette fois, Tricadio était fatigué de la ville. Il se rendit dans une grande banlieue et découvrit avec effroi le nombre impressionnant des gens qui se trouvaient là, en particulier des gens qu'il n'aimait pas. Ne me demandez pas pourquoi, mais il ne les aimait pas. En somme, il aurait bien voulu être seul dans sa grande banlieue. Ah, ça, c'est une idée, se dit-il. Et, se tournant vers tous ces gens qu'il ne voulait plus voir, il déclara tout doucement, en penchant un peu la tête pour avoir l'air tout doux, tout doux (c'était divin à voir, car 'en plus', il clignait des yeux...) : "Qu'ils disparaissent". Des milliers de gens s'envolèrent dans une grand fracas de battements d'ailes. Bientôt, la banlieue fut un véritable désert. Un gros nuage fait de milliers de 'gouttes de plumes' planait au fond du ciel, très haut... Tricadio soupira d'aise : "Et de 5 !" 

    La nuit fut calme, les logements laissés vacants offraient nourriture, télévision et de quoi dormir confortablement. Ce fut un repos bien mérité ! Et voilà notre jeune explorateur reparti en quête de nouveaux paysages dès le lever du soleil. Mais que se passait-il ? De drôles de chants résonnaient à ses oreilles... S'approchant, il trouva une foule de musulmans en prière. Quand le mot musulman parvint à son esprit, Tricadio fonça sans détour ni autre forme de procès : "Qu'ils disparaissent " !  Et de 6 !

    Ah ! Enfin la route retrouvée ! Quelle joie, après ce passage en ville ! L'espace redevenait ample, la marche se faisait plus souple, l'air était pur, une chanson vint fleurir sur les lèvres de l'enfant courageux. En tout cas, il ne s'ennuyait plus, et il se félicitait d'être sorti de chez lui. Ses parents se faisaient-ils du souci ? Le cherchaient-ils ? Un instant, Tricadio faillit prononcer la phrase magique qui aurait envoyé deux personnes de plus dans la foule des nuages et des astres.. Mais, sans trop savoir pourquoi, il ne dit rien. Perdu dans ses pensées, il n'avait pas remarqué qu'il se trouvait maintenant entouré d'une foule de chariots, caravanes, véhicules divers et personnages pittoresques. La conversation de tout ce brave petit monde allait bon train, évoquant le fichage ethnique, la police, des enfants placés en rétention... Or, c'étaient des roms et des gens du voyage, et tout cela déplut à Tricadio qui aimait les choses bien en ordre. Pensant aux roms placés devant lui, à tous les autres gens du voyage qui se déplaçaient en France en cet instant précis, à ceux de ces gens qui se trouvaient en sa présence avec la troupe des roms, pensant même aux enfants placés en rétention quelque part, il ne put s'empêcher de frémir de peur et de haine, et prononça sans le savoir les mots "Qu'ils disparaissent !", si bien qu'un grand vide se fit : d'abord autour de lui et tout de suite après en d'autres lieux de ce monde. Il éprouvait une intense satisfaction. Ouvrant larges ses bras d'enfant, le regard perdu dans le bleu du ciel, il se mit à chanter une vieille chanson. Quel bonheur ! Et de 7

    Tricadio se sentait maintenant à l'abri de toute rencontre. Car, faut-il vous le dire cher lecteur, et néanmoins chère lectrice, la vue d'une personne vivante était odieuse au coeur de notre jeune héros ! Donc, il se sentait libre, en sécurité, tranquille quoi ! Hélas ! Un enfant, juste un enfant, un seul, était assis au coin d'un bois. Il n'avait pas mangé depuis longtemps, il avait un ulcère à la jambe que personne n'avait soigné. Il avait son cartable d'écolier  à côté de lui mais ne pouvait pas aller à l'école. Il aurait pu remédier à tout cela à condition d'avoir un peu d'argent, mais il était totalement démuni de tout, il n'était qu'un enfant, un "mineur", perdu au milieu de nulle part, sans la moindre famille. Il ne parlait pas français. Tricadio piqua une colère dont il ne se savait pas capable. "Qu'il disparaisse !" sortit de sa bouche, de son gosier, de son coeur, comme un petit boulet de canon : boum ! Et l'enfant sans abri ni parents ni argent disparut dans une étincelle étrange, une étincelle orange, une étincelle de celles que fait ma soeur quand elle est en colère et se mêle de faire la vaisselle. Une étincelle que les mains de ma soeur renouvellent dans un bruit de crécelle. En tout cas, il ne restait plus rien : plus rien du jeune mineur étranger pauvre et non scolarisé. Cette fois, notre enfant Tricadio au caractère héroïque sentit sa poitrine se gonfler de bonheur (et de fierté). Il était au septième ciel, comme on dit. Et de 8 (voir plus particèlièrement vers la fin du message ainsi ouvert) !

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    Dans un souci d'honnêteté inellectuelle, et par respect pour la vérité, il nous faut (à notre grande honte) compléter cette histoire par une dernière information: Tricadio n'était pas tout à fait à l'abri d'une nouvelle rencontre, puisqu'il croisa, dans une modeste bourgade, l'Enfant Jésus. L'Enfant Dieu s'était transformé en une simple image, pour "faire plus sage" (c'est ce qu'il disait, mais pouvait-on le croire ?) et il trônait pour ainsi dire en pleine rue, sous le prétexte fallacieux que c'était "bientôt la Noël" ! Fou de rage, saisi par une sainte colère, Tricadio redit une fois encore : "Qu'il disparaisse !", et le célèbre enfant sage comme une image repartit vers l'endroit d'où il était venu, nom de Dieu ! Oh pardon, mon Dieu... Mais c'est vrai, après tout, il faut de l'ordre dans les choses, et le ciel est fait pour avoir ses propres locataires. Et de 9 (rue89 du 18 12 2010) !

Comme tout dans ce conte relève de la stricte vérité, nous nous e xcusons auprès de nos lecteurs et promettons de ne plus dire choses si tristes ! Promesses tenues ? On verra...        

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