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22/09/2015

Langage, prière et agacement

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        Correctionnelle pour Marine Le Pen à propos de l'affaire des "prières de rue". Voir Le Monde 22 09 2015. Lien : Correctionnelle.

 

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Haine, prière, rue : triangle fatal ?

 

 

        1/ La haine habite à l'intérieur d'une personne : cette haine-là reste discrète, et nul ne peut la voir.

 

        2/ La haine s'exprime dans un cadre intime : elle peut faire d'importants dégâts psychologiques et causer même la mort physique d'un membre de la famille.

 

        3/ La haine se répand en propos, gestes, mauvais exemples aux yeux du public, à toute heure, en toute occasion. Cette haine vécue publiquement affecte de nombreuses personnes à son contact. D'autres personnes sont immunisées. Les dégâts, importants, restent toutefois contenus à l'intérieur de certaines limites.

 

        4/ La haine prend le pouvoir, occupe le terrain tout aussi bien dans les esprits que dans l'espace public, la rue, les médias. La haine est jusque dans la rue. Et ailleurs, hélas : les cœurs... Si les choses empirent, elle se double d'un régime politique dictatorial. La liberté et la dignité humaine de chaque personne sont détruites ! Horreur ! 

 

 

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Ce qui est vrai de la haine

peut-il l'être aussi de la prière ?

 

 

        1/ A la haine intérieure peut faire face  la prière intérieure.

        2/ A la haine en milieu intime, la prière en milieu intime.

        3/ A la haine communicative, la prière communicative.

        4/ A la haine "de" rue, la prière "de" rue, qui sait ?

 

        1/ La prière intérieure se déroule dans le secret, entre Dieu et la personne qui prie.

        2/ La prière en milieu intime, également appelée "prière en famille", se borne au cadre familial. Selon l'opinion que l'on se fait de la religion, on pourra conclure qu'elle fait un certain bien, ou un certain mal.

        3/ La prière communicative a pu être observée dans certains pays, dans lesquels les gens pouvaient pratiquer leur religion et, s'ils le souhaitaient, écrire des œuvres musicales, bâtir des églises, des temples, des mosquées. La peinture, la sculpture qui sont parvenues jusqu'à nous depuis ces époques plutôt récentes ou bien anciennes, voire antiques, attirent encore des millions de visiteurs en divers pays actuellement. Même si ces chefs-d’œuvre parlent moins directement aujourd'hui à la sensibilité de nos contemporains, il n'en demeure pas moins vrai qu'au moment où ils furent créés on pouvait considérer que, sous leur influence, les croyants s'élevaient vers Dieu tels des anges munis de deux ailes : prière d'un côté, beauté de l'autre. Pourquoi pas ? Ne communique-t-on pas beaucoup, même à l'époque présente ? Pour partager la beauté, la prière, ou plus probablement d'autres choses ?

 

        4/ La "prière de rue" occupe l'espace public. Madame Le Pen en a fait l'éclatante découverte, dont elle a eu la gentillesse de nous faire profiter. Normal, non ? Mais on fera remarquer que la formule est maladroite, et pourrait sous-entendre que les croyants viennent nous déranger, nous agresser et nous priver de liberté jusque dans nos rues, les nôtres. Quand on oublie de dire qu'il y a des "personnes" qui prient dans la rue faute de place dans leurs sanctuaires, on met au premier plan le mot "rue", on supprime la notion de "personnes",  et on efface la réalité qui est pourtant éclatante : des personnes, oui : des personnes sont en train de prier. Et c'est ainsi que notre regard intérieur laisse dans l'ombre le côté humain de la chose et se focalise sur la pensée de la "rue", et en définitive ce mot "rue" se met à conquérir, et à occuper le terrain disponible dans nos cerveaux, ainsi que dans nos agacements, dans nos peurs, toutes choses qui voisinent en nous avec le ressentiment, lui-même contigu de la violence et de la haine. 

        Si la formule ("de rue") est maladroite, l'est-elle par l'effet d'une simple maladresse ? On croit pourtant deviner, comme si c'était écrit en ombres chinoises, comment les "maladresses" et autres façons de tordre le langage peuvent (sûrement de façon inconsciente, n'est-ce pas, rassurez-moi !) conduire de l'information à la haine, et plus particulièrement à la haine des rues et de leurs occupants. Non, pardon : "occupants" ! 

 

        Ne l'oublions jamais : les mots sont des acteurs qui jouent sur scène deux rôles à la fois. Leur premier rôle consiste à transmettre des réalités : par exemple, des "prières de rue" qui, au sens strict des mots, sont des prières faites dans la rue : ce sens-là est géographique, matériel, étranger à toute sensibilité affective. Le second rôle des mêmes mots consiste à solliciter précisément notre affectivité, nos émotions. Comme on pourrait le faire sur une photo, grâce à un savant usage de l'ombre et de la lumière, du cadrage, de l'ambiance, on peut utiliser les mots pour nous réjouir, nous réconforter, nous inquiéter, nous énerver, etc. Nous venons d'en voir un exemple, mais il s'est certainement produit tout à fait innocemment, de façon inconsciente, n'est-ce pas, rassurez-moi !

 

 

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        Sur ce même sujet, on pourra revenir à notre message "Prier dans la rue, est-ce forcément faire des prières dans la rue ?"  in France résiste, 07 07 2013. Lien (lien interne au blog, ne pas fermer autrement qu'en revenant à la page précédente) : prières de rue.

 

 

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06/01/2014

Barbarie, humour, et puis la violence du langage nazi

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        Monsieur Dieudonné M'bala M'bala fait grand bruit. 

 

        A./ Si l'adjectif "criminels" permet à Bertrand Delanoë de qualifier les propos de ce monsieur, Bernard-Henri Levy préfère quant à lui dire qu'avec Dieudonné M'bala M'bala on n'a pas affaire à un humoriste, mais à un "agitateur néonazi". L'un comme l'autre, le maire de Paris et le philosophe soutiennent Manuel Valls dans son intention de s'opposer aux agissements de monsieur D. M'bala M'bala. Voir Le Point du 05 01 2014. Lien : humour différent de agitateur néonazi

        B./ Anne Hidalgo oppose l'humoriste, que Dieudonné n'est pas, au "militant enragé du racisme et de l'antisémitisme" qu'elle voit en lui aujourd'hui. Lire Bertrand Gréco in le JDD, 04  et 05 01 2014. Lien : humoriste différent de raciste.

        C./ Chez Christiane Taubira, les termes qui surgissent à propos de monsieur Dieudonné se trouvent plutôt du côté de : "antisémite multirécidiviste", "barbarie ricanante", en contraste avec "démocratie" et "solidarité éthique". Le Point, 03 01 2014. Lien : humour différent de barbarie.

        D./ Ne se contentant pas de belles paroles, messieurs Ayrault et Valls engagent l'action gouvernementale dans la bataille. Il s'agit en effet de s'opposer à "la banalisation des propos antisémites". La LICRA, ainsi que SOS Racisme se joignent au combat. Les propos de Dieudonné ne sont pas les seuls objectifs visés. On vise également ce qui pourrait s'avérer être de la part de Dieudonné une façon d'organiser de nature frauduleuse sa propre insolvabilité : tout un art ! Et pas particulièrement commode à contrer juridiquement... Sans parler de la fameuse "quenelle"... Libération, 06 01 2014. Lien : humour insolvabilité spectacle humoriste.

 

Langage des mots et de l'humour,

façon intime d'être,

rapport au nazisme,

rire heurux ou sarcasme :

simples et profondes, ces vérités humaines

sont au coeur du problème...

 

        E./ Le passage du rire au sarcasme est facile, souvent insensible presque. Les joyeux rieurs deviennent sans qu'on y prenne garde de redoutables railleurs, voire des méchants, cruels... Cela est vrai aussi à un échelon vaste, politique, systémique. On peut y penser à propos du nazisme. L'analyse de ce que représente le sarcasme, par opposition au rire heureux, est pleine de sens. En identifiant le sinistre sarcasme, qui se cache sous le voile lumineux du rire, on passe d'une société à une autre, d'un état de l'humanité à un autre. C'est pourquoi on lira avec passion la véritable leçon de pensée que nous donne Gérard Rabinovitch ("philosophe et sociologue, Centre de recherche SENS, Ethique Société (CERSES), Université René Descartes, CNRS"). On ne sera pas effrayé, ni même intimidé, en voyant qu'il fait appel à Spinoza, Hokheimer, Adorno, Victor Hugo, George Puttenheim. Oui, à travers toute cette richesse de pensée et d'intuition, il nous guide de façon lumineuse vers la compréhension du rire d'Hitler, et la découverte de "la violence très particulière du langage nazi". Il nous montre comment s'opposent le rire heureux et le rire méchant, le rire fait de joie et celui qui s'approche de la terreur. Difficile, après cela, de croire que tout ce qui rit est bon, que tout ce qui fait rire est drôle ! On accède ici aux profondeurs de la perversion immonde, dans son intimité vécue quotidiennement, banalement, lorsqu'elle a envahi la sensibilité, le coeur, la pensée, la conversation et le partage, la "façon d'être au monde". Lire, donc, Gérard Rabinovitch in Libération, 02 01 2014. Lien : rire sarcasme terreur nazi

 

Derrière l'enjeu des mots et du spectacle,

Dieudonné est-il réellement

l'ami du FN ?       

 

        F./ Monsieur Dieudonné M'bala M'bala a choisi un parrain pour sa fille, en la personne de monsieur Jean-Marie Le Pen. Monsieur Dieudonné M'bala M'bala, dans le cadre d'un spectacle donné par lui-même, a fait accueillir sous les applaudissements de la salle le célèbre monsieur Robert Faurisson, dont le négationisme a fait l'objet d'importantes mises au point. Dans la salle se trouvait monsieur Jean-Marie Le Pen. Et monsieur Dieudonné M'bala M'bala a sympathisé ouvertement avec le Front national. A lire in Le Parisien, 22 12 2008. Lien : humoriste Le Pen FN.   

 

 

Monsieur Dieudonné M'bala M'bala

est-il davantage un ami du Front national 

ou une gêne pour l'entreprise de 

dédiabolisation 

menée par Marine Le Pen ?  

 

        G./ Le FN a peut-être un problème avec Dieudonné, cet ami si proche dont les propos tournent quelque peu le dos, c'est le moins que l'on puisse dire, à la politique de dédiabolisation du FN menée avec succès par son actuelle présidente, madame Marine Le Pen. On pourra lire à ce sujet Carine Bécard, site de France Inter, 30 12 2013. Lien : humour dédiabolisation FN.  

 

 

CONCLUSION, OU PRESQUE...

 

        Les chemins du comportement et ceux de la pensée croisent donc en nous ceux du langage, du rire, et du sarcasme, de l'élévation spirituelle et de l'instinct bestial. Vie et mort, douceur et violence, civilisation et barbarie s'enlacent inextricablement dans notre nature humaine, et le discernement, s'agissant des actes ou des mots, constitue l'arme la plus fatale à la pensée simplificatrice qui a pour autre visage celui de la Bête et de l'Immonde.

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17/12/2013

L'accusateur du roi

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        L'accusateur du roi

        Un grand roi, soucieux du bonheur de ses sujets, prit conseil auprès de ses amis. Il voulait faire en sorte que son royaume, pourtant fort honorable, devienne encore plus beau, plus fort, plus grandiose. 

        Un homme pieux, à la fois religieux et sage, féru en sciences et techniques de l'armement, lui conseilla d'acheter des canons, et de faire tirer sur le bon peuple. 

        Le roi n'en fit rien. Il convoqua un autre conseiller, puis un autre, et ainsi de suite jusqu'au dernier : cela fit au total un grand nombre de milliers de conseillers. 

        Personne, à la fin, ne pensait plus aux canons. 

 

L'ennemi du roi 

        Mais l'ennemi du roi, apprenant quels conseils on lui avait suggéré de suivre en matière de canons, se munit d'un grand haut-parleur, du genre de ceux que l'on faisait en ce temps-là, et se mit à parcourir le royaume. Il annonçait à qui voulait l'entendre que le roi voulait tirer à coups de canon sur le peuple, que c'était là chose inéluctable, et que les préparatifs étaient déjà en cours avec les avis et les conseils que l'on sait.

 

Le peuple

        Le peuple ne fut pas étonné d'apprendre que son roi avait envie de lui tirer dessus, de le tuer et le pourfendre en usant de la délicate attention, si l'on peut dire, des boulets de canon. Non, le peuple ne douta point : il crut ! Il crut pour une raison fort simple : les rumeurs de canon et de cruel désastre faisaient peur, et la peur, comme chacun s'en rend bien compte, remplace avantageusement le raisonnement. Donc, le peuple ne raisonna point, ne vérifia point, ne se renseigna point. Le peuple eut peur, et cela lui sembla suffisant.

 

La révolution

        L'histoire se termina de façon tragique. Le peuple, aidé par l'ennemi du roi, acheta des canons, tira sur le palais royal qu'il détruisit, et tua du même coup le roi et tous ses conseillers. Cela faisait beaucoup de ruines, beaucoup de victimes, mais le peuple était content. Rassuré, presque... 

 

Le royaume de Grand Costaud Fait le Ménage

        Et ce fut le temps des rois "Grand-Costaud-Fait-le-Ménage". Drôle de nom pour des rois, mais ce fut ainsi. Chacun dans le peuple criait plus fort que son voisin, tapait, cognait sur n'importe qui, sur un ennemi imaginaire. On inventait des rumeurs pour avoir des ennemis et leur tirer dessus avec de redoutables canons. Les manifestants, bien sûr, étaient immédiatement détruits sur place. Et parmi la population déchaînée, l'individu le plus cruel, le plus fort pour crier, taper, cogner, imaginer, tirer, détruire, était proclamé roi par les humains bestiaux qui l'entouraient, autrement dit par ce qui lui tenait lieu d'armée. Des rois nombreux se succédèrent, les boulets de canon volaient dans tous les sens, tout le monde était content parce que tout le monde avait sa chance. Il suffisait de crier fort, taper fort (et la suite...). 

 

Morale de cette histoire

        Si ton ennemi, le bon roi, ne fait rien de mal, accuse-le de ce mal qu'il n'a pas commis, et pour bien réussir à détruire le roi et son royaume, déclame tes paroles accusatrices avec force, avec passion, avec la passion de la peur, sur un ton alarmiste et même plus qu'alarmiste !

        Le peuple affolé suivra non pas ton raisonnement, car tu n'en as point, mais ta peur, tes accusations. Le peuple fera ce que tu lui commanderas de faire. A la fin, ce même peuple fera de toi le roi. En attendant qu'un autre, plus fort, plus courroucé, plus habile pour instiller la peur dans les consciences, ne vienne te ravir ta place et monter sur le trône... Tu devras fuir alors, juque dans un pays où, forcément, tu seras : "l'étranger" ! Oh! là! là! Pour un roi, comme pour le plus modeste de ses sujets, y a-t-il rien de pire ?

 

NOUVELLES DU JOUR CHEZ NOUS

        A. Des messieurs ou dames accusent le Premier ministre qui, du reste, leur répond ! On fait grand bruit autour d'un point proclamé de discorde qui, si l'on en croit l'un de ceux qui l'ont rendu possible, n'est qu'un point "marginal". Lire Stéphanie Le Bars dans son blog, un blog du Monde, 13 12 2013. Lien : BEAUCOUP DE BRUIT POUR UN POINT.

        B. La querelle a évolué selon son rythme, son déroulement, son histoire. C'est là que l'on peut suivre, de Tuot (l'un des auteurs du rapport qui porte son nom) à Copé, de Fillon à Matignon, les vagues et les bruits de la tempête dans un verre plutôt vide. Marine y aurait-elle trempé les lèvres ? On lira donc Fabrice Tassel et Laure Bretton in Libération, 13 12 2013. Lien : HISTOIRE DU BRUIT SUR LE POINT.

        Comme il est bon et salutaire, quand les politiques sont sur scène en leurs rôles, de ne pas seulement écouter les paroles, mais de bien voir les ficelles, et comment elles sont tirées, pour nous priver un temps de l'usage de notre propre raison !

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07/07/2013

Prier dans la rue : est-ce forcément faire des "prières de rue" ?

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"Prières de rue" : simple description ou appel à l'émotion ?

 

        C'est Marine Le Pen qui a attiré l'attention en utilisant l'expression "prières de rue", comme on le voit dans l'activité actuelle du Parlement européen, puisque cettte assemblée a voté la levée de l'immunité parlementaire de Marine Le Pen, et ce au sujet de ou autour de l'affaire des "prières de rue" comparées à une occupation du territoire national "sans blindés ni soldats". Voir France 24, à la date du 02 07 2013. Lien : Prière rue émotion.

 

        La Justice doit, semble-t-il, s'occuper de la comparaison avec une "occupation". Notre propos est bien plus modeste : le fait de parler de "prières de rue" est-il indifférent ? Bien sûr, l'expression signifie qu'il y a des gens qui ont prié dans la rue. En l'occurrence, il s'agissait de personnes qui priaient, dans la rue, tiens, pardi !

 

On a toujours prié dans la rue ! 

 

        On sait que les chrétiens, les juifs, les musulmans prient sans cesse. Et cela correspond bien aux textes sacrés sur lesquels ces trois religions sont fondées. On a vu des chrétiens prier dans les rues des villes et villages de France, et d'autres pays, y compris sous la forme de processions, avec force oripeaux, chants, litanies, prières de diverses natures. Prier dans la rue n'est donc pas une nouveauté chez nous, ni ailleurs dans le monde. 

        On a pu entendre, il y a peu, une voix qui déclarait à la radio que des personnes avaient prié dans la rue : cela permettait d'éviter l'expression "prières de rue". Mais Marine Le Pen, elle, n'a pas contourné l'expression, elle l'a même utilisée de façon remarquée...

 

Le français utilise la préposition "de" sans que cela soit une injure !

 

        On pourrait dire, pour banaliser l'affaire, qu'il existe des poissons de mer et des poissons d'eau douce, et que cela ne jette le discrédit ni sur les uns, ni sur les autres de ces animaux merveilleux. On pourait dire aussi qu'il existe des fêtes, mais qu'on évoque aussi, et sans le moindre mépris, des "fêtes de village" ou des "fêtes de quartier".

 

Les mots sont parfois plus méprisants que ce qu'on croit...

        Oui, mais en sens inverse on fera remarquer que, si traiter un homme de "marin" ne lui fait pas injure, par contre le traiter de "marin d'eau douce" évoque une certaine nullité de sa part lorsqu'il s'agit de naviguer en plein océan.

        Et puis, que peut-on opposer à "prières de rue" ? A-t-on jamais parlé de prières de salons, de prières de chapelles, de prières d'églises, de prières de cathédrales, de prières de synagogues, de prières de mosquées ? En vérité, il s'est toujours agi de personnes qui priaient dans divers édifices. Et lorsque l'édifice fait défaut, certains prient dans la campagne, ou sur les pentes des massifs montagneux ou encore, plus particulièrement dans notre monde fortement urbanisé, dans les rues.

 

        Donc, autant il est possible en français de parler de personnes qui prient dans la rue (ou dans les rues si l'on y tient), autant l'expression "prières de rue", utilisée au pluriel, semble relever de l'innovation.

 

 

"Prières de rue" ne va pas sans quelques résonances émotionnelles.

 

         Reste donc à savoir si l'expression sert uniquement à dire que des personnes ont prié dans la rue, ou bien si elle éveille, qu'on le veuille ou non (que Marine Le Pen s'en soit rendu compte ou non) des sentiments, des rapprochements d'idées, des émotions. Le lecteur jugera par lui-même ! La tournure de phrase peut susciter, en tout cas, un agacement à l'idée que des gens utilisent régulièrement la rue, notre rue, nos rues, pour se livrer à leurs activités de prière, qui ne sont pas les nôtres et qui nous encombrent, nous dérangent, nous gênent dans notre espace. Cela n'est pas dit explicitement, cela est suggéré émotionnellement. On sait comment fut utilisé de cette façon le mot "croisade" par un haut dignitaire du précédent quinquennat (voir "croisade" dans ce blog en le saisissant dans l'onglet de recherche interne).  

        Quant aux juifs, musulmans ou chrétiens qui resteront fidèles à l'appel de leur religion, ils ne manqueront pas de prier en tout temps, en tout lieu, en toute circonstance. Ils construiront des synagogues, des temples, des mosquées, des cathédrales. L'art et la beauté accompagneront souvent leurs réalisation architecturales. Et, là où le bâtiment ferait défaut, la prière se déroulera certainement, que ce soit dans les catacombes comme au temps des persécutions contre les chrétiens de Rome, ou que ce soit de façon discrète, sans lieu précis. Ni la prière, ni les monuments religieux ne datent d'aujourd'hui ! Par contre, les "prières de rue" sont une vraie nouveauté, une nouveauté de nature moins mystique qu'émotionnelle dans le pire des sens possibles, peut-être, qui serait de constituer un premier pas vers un "appel à la haine" pour lequel le Tribunal de Lyon a obtenu du Parlement européen que soit levée l'immunité parlementaire de Marine Le Pen (cf. lien hypertexte ci-dessus vers France 24). Cela fait froid dans le dos. Marine ne s'est sans doute pas bien rendu compte que ses mots, puis l'évocation d'une "occupation", allaient dans le même sens, celui d'un flot émotif que la France ne supporte plus ! Et les députés européens non plus, apparemment... 

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01/11/2012

Ayrault, Hollande et commentaires

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Quelques propos, pour savoir de quoi on parle

        François Hollande :

      "...une fois que c'est décidé, c'est décidé". (a)

      "Le rôle du chef de l'Etat c'est de préparer toutes les hypothèses". (b)

 

 

        Jean-Marc Ayrault :

        "Développez ce point de vue" (on lui suggérait le ravissement de certaines personnes si on revenait à 39 heures payées intégralement) "mais vous verrez qu'il fera débat. Mais pourquoi pas ? Il n'y a pas de sujet tabou. Je ne suis pas dogmatique. La seule chose qui me préoccupe (...). (...) ... je suis partisan de la négociation. C'est comme ça qu'on s'en sort". (c)

...

        Question, portant sur la méthode et le style de gouvernement : "en l'absence de compromis, avancerez-vous à marche forcée ?"

        Réponse de Jean-Marc Ayrault : 

        "Il y a deux temps : la négociation d'abord, mais si elle n'aboutit pas, on demandera au Parlement de trancher". (d)

 

 

 Que nous apprennent ces quelques phrases ?

Reprenons les exemples (a) (b) (c) puis (d).

 

        Que nos gouvernants sont des faiseurs de couacs, des apprentis, des praticiens de l'amateurisme ?

a. François Hollande se donne le temps de se renseigner, de réfléchir, de ne pas agir : ensuite vient la décision. Il n'y a pas de confusion entre ces deux temps de l'action : l'action de réflexion et l'action de décision. C'est l'un, ou c'est l'autre, c'est l'un puis l'autre. Voilà qui nous renvoie à la pratique de fort nombreux génies non seulement de l'action militaire ou politique, mais plus largement dans toutes sortes de disciplines mentales et d'activités difficiles. Est-ce un crime ? 

b. François Hollande précise que le temps de la réflexion doit comporter l'examen de nombreuses possibilités. Nombreuses ? Plus que ça : "toutes les hypothèses". Ce genre de méthode est en vigueur aussi bien dans des domaines où il convient d'évaluer des risques et de les prévenir, que dans des disciplines de recherche intellectuelle de haut niveau. Est-ce un délit ? 

c. Jean-Marc Ayrault invite son interlocuteur à poursuivre sur la voie qu'il évoque : "Développez ce point de vue, et vous verrez...". Il ne parle pas de lui-même. Il s'intéresse à ce que lui dit l'interlocuteur. Il ne dévoile pas ses propres projets ou intentions : il imagine ce que va devenir la réflexion de son interlocuteur. On voit donc que Jean-Marc Ayrault s'intéresse à autrui, d'une part ; et que d'autre part il n'envisage pas la moindre action, la moindere décision, mais uniquement le fait d'imaginer, de réfléchir. La générosité est-elle un vice ? La capacité de prendre autrui au sérieux est-elle une défaillance ? La fréquentation des hypothèses, des cas de figure possibles, ou probables (ou pas), et des conséquences éventuelles : tout cela constitue-t-il un danger pour le décideur, le responsable ? Un "chef" aurait-il pour premier devoir d'ignorer l'interlocuteur, de le faire taire en ses paroles, de l'obliger à figer ses pensées car celles du "chef" devraient suffire ? Pitié, assez de dictature sur nos cerveaux ! On n'a pas envie de ce genre d'hommes, ni de ce genre de société. Jean-Marc Ayrault est à la fois généreux, bienveillant, ouvert au dialogue, imaginatif, patient ! Est-ce un péché ? 

d. Jean-Marc Ayrault ne travaille pas seul : il négocie ! Ce qui veut dire qu'il négocie sinon avec l'ennemi ou l'adversaire, mais au moins avec des gens dont le point de vue risque de n'être pas le sien. Si c'est possible, c'est ainsi qu'il aboutira à sa décision finale. Si ce n'est pas possible, il faudra "trancher". Et qui donc tranchera ? Lui tout seul, comme un grand, comme un chef isolé, comme un "je vais vous faire voir que je suis le meilleur" ? Non, pas du tout : c'est le Parlement qui tranchera. Travail profondément démocratique dans la méthode, dans le fonctionnement des institutions, et dans l'esprit même de notre démocratie. Cela nous prive d'un petit chef sans hauteur de vue qui ferait tout à lui tout seul : est-ce un aveu de faiblesse ? 

 

        Notre Présient et notre Premier ministre sont capables d'écouter, de partager, de réfléchir, d'envisager, de passer par toutes les phases de l'intelligence et de la sociabilité, du respect des personnes comme des coprs intermédiaires, avant de décider, de trancher, d'engager l'action et souvent l'avenir. Il ont cela en commun avec les plus grands. Ils ne sont ni brouillons, ni précipités, ni solitaires, ni adeptes de l'autoritarisme. Où est le mal ? Leurs actes sont-ils mauvais à cause de ces qualités ? Leurs propos sont-ils mensongers, ou dénués de sens ? Leur pratique de la démocratie jusque dans la démarche de la pensée et du dialogue est-elle de nature condamnable ? Non, la France n'est pas du tout une dictature quand elle se donne des responsables de cette trempe ! Responsables à qui nous souhaitons de continuer avec courage et avec toute la patience qu'il faut pour supporter l'insulte permanente et le dénigrement sans fondement. 

 

Pour les citations du Président Hollande, voir Le Monde du 01 11 2012, pages 2-3 (Raphëlle Bacqué et Françoise Fressoz "François Hollande, le flegme d'un président face à l'épreuve de la crise")  et page 10 (ou en cliquant ici : article de David Renault d'Allonnes et Patrick Roger, "Jean-Marc Ayrault contraint d'éteindre l'incendie qu'il a allumé sur les 35 heures")

Pour les citations du Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, voir Le Parisien en ligne, 29 et 30 10 2012. Lien : Paroles de Jean-Marc Ayrault