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22/09/2015

Langage, prière et agacement

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        Correctionnelle pour Marine Le Pen à propos de l'affaire des "prières de rue". Voir Le Monde 22 09 2015. Lien : Correctionnelle.

 

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Haine, prière, rue : triangle fatal ?

 

 

        1/ La haine habite à l'intérieur d'une personne : cette haine-là reste discrète, et nul ne peut la voir.

 

        2/ La haine s'exprime dans un cadre intime : elle peut faire d'importants dégâts psychologiques et causer même la mort physique d'un membre de la famille.

 

        3/ La haine se répand en propos, gestes, mauvais exemples aux yeux du public, à toute heure, en toute occasion. Cette haine vécue publiquement affecte de nombreuses personnes à son contact. D'autres personnes sont immunisées. Les dégâts, importants, restent toutefois contenus à l'intérieur de certaines limites.

 

        4/ La haine prend le pouvoir, occupe le terrain tout aussi bien dans les esprits que dans l'espace public, la rue, les médias. La haine est jusque dans la rue. Et ailleurs, hélas : les cœurs... Si les choses empirent, elle se double d'un régime politique dictatorial. La liberté et la dignité humaine de chaque personne sont détruites ! Horreur ! 

 

 

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Ce qui est vrai de la haine

peut-il l'être aussi de la prière ?

 

 

        1/ A la haine intérieure peut faire face  la prière intérieure.

        2/ A la haine en milieu intime, la prière en milieu intime.

        3/ A la haine communicative, la prière communicative.

        4/ A la haine "de" rue, la prière "de" rue, qui sait ?

 

        1/ La prière intérieure se déroule dans le secret, entre Dieu et la personne qui prie.

        2/ La prière en milieu intime, également appelée "prière en famille", se borne au cadre familial. Selon l'opinion que l'on se fait de la religion, on pourra conclure qu'elle fait un certain bien, ou un certain mal.

        3/ La prière communicative a pu être observée dans certains pays, dans lesquels les gens pouvaient pratiquer leur religion et, s'ils le souhaitaient, écrire des œuvres musicales, bâtir des églises, des temples, des mosquées. La peinture, la sculpture qui sont parvenues jusqu'à nous depuis ces époques plutôt récentes ou bien anciennes, voire antiques, attirent encore des millions de visiteurs en divers pays actuellement. Même si ces chefs-d’œuvre parlent moins directement aujourd'hui à la sensibilité de nos contemporains, il n'en demeure pas moins vrai qu'au moment où ils furent créés on pouvait considérer que, sous leur influence, les croyants s'élevaient vers Dieu tels des anges munis de deux ailes : prière d'un côté, beauté de l'autre. Pourquoi pas ? Ne communique-t-on pas beaucoup, même à l'époque présente ? Pour partager la beauté, la prière, ou plus probablement d'autres choses ?

 

        4/ La "prière de rue" occupe l'espace public. Madame Le Pen en a fait l'éclatante découverte, dont elle a eu la gentillesse de nous faire profiter. Normal, non ? Mais on fera remarquer que la formule est maladroite, et pourrait sous-entendre que les croyants viennent nous déranger, nous agresser et nous priver de liberté jusque dans nos rues, les nôtres. Quand on oublie de dire qu'il y a des "personnes" qui prient dans la rue faute de place dans leurs sanctuaires, on met au premier plan le mot "rue", on supprime la notion de "personnes",  et on efface la réalité qui est pourtant éclatante : des personnes, oui : des personnes sont en train de prier. Et c'est ainsi que notre regard intérieur laisse dans l'ombre le côté humain de la chose et se focalise sur la pensée de la "rue", et en définitive ce mot "rue" se met à conquérir, et à occuper le terrain disponible dans nos cerveaux, ainsi que dans nos agacements, dans nos peurs, toutes choses qui voisinent en nous avec le ressentiment, lui-même contigu de la violence et de la haine. 

        Si la formule ("de rue") est maladroite, l'est-elle par l'effet d'une simple maladresse ? On croit pourtant deviner, comme si c'était écrit en ombres chinoises, comment les "maladresses" et autres façons de tordre le langage peuvent (sûrement de façon inconsciente, n'est-ce pas, rassurez-moi !) conduire de l'information à la haine, et plus particulièrement à la haine des rues et de leurs occupants. Non, pardon : "occupants" ! 

 

        Ne l'oublions jamais : les mots sont des acteurs qui jouent sur scène deux rôles à la fois. Leur premier rôle consiste à transmettre des réalités : par exemple, des "prières de rue" qui, au sens strict des mots, sont des prières faites dans la rue : ce sens-là est géographique, matériel, étranger à toute sensibilité affective. Le second rôle des mêmes mots consiste à solliciter précisément notre affectivité, nos émotions. Comme on pourrait le faire sur une photo, grâce à un savant usage de l'ombre et de la lumière, du cadrage, de l'ambiance, on peut utiliser les mots pour nous réjouir, nous réconforter, nous inquiéter, nous énerver, etc. Nous venons d'en voir un exemple, mais il s'est certainement produit tout à fait innocemment, de façon inconsciente, n'est-ce pas, rassurez-moi !

 

 

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        Sur ce même sujet, on pourra revenir à notre message "Prier dans la rue, est-ce forcément faire des prières dans la rue ?"  in France résiste, 07 07 2013. Lien (lien interne au blog, ne pas fermer autrement qu'en revenant à la page précédente) : prières de rue.

 

 

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