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22/07/2014

Mao, la déshumanisation, et une chinoise sauvée par l'art !

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"La rivière et son secret " 

« Des camps de Mao à Jean-Sébastien Bach : le destin d’une femme d’exception»

par Zhu Xiao-Mei.

Documento,  

éditions Robert Laffont,

Paris, 2007, 2013.

ISBN : 978-2-221-13513-6 

 

    Vous avez bien raison, l'horreur envahit notre quotidien, on a parfois l'impression que c'est la fin du monde. Alors, pour les vacances, prenez le train, prenez l'avion et rendez-vous en Chine où vous rejoindrez une petite fille musicienne. Vous l'accompagnerez au Conservatoire de Pékin, qui ne tardera pas à fermer pour que les énergies de la pensée et de la jeunesse  convergent au service de la grande pensée du grand Mao. 

    Le voyage vous conduira avec Xiao-Mei (prénom qui signifie "petite soeur", si j'en crois un ami chinois avec qui je partage mes lectures) dans plusieurs camps, le froid, la souffrance, l'humiliation, et surtout la transformation des personnes humaines en machines à dénoncer. Et au milieu de ces horreurs se produira un miracle, une rencontre de la jeune musicienne (qui a complètement oublié qu'elle aimait la musique car elle n'aime plus que Mao) avec un objet. Un simple objet qui réveillera en elle son identité, son amour, son enthousiasme. Mais elle mettra longtemps avant de pouvoir enseigner le piano au Conservatoire de Paris ! Il lui faudra pour cela s'enfuir du camp, y revenir, travailler le piano qu'elle a fait venir jusque sur un tas de charbon dans une sorte de désert glacial qui entoure le camp. Il lui faudra apprendre de nouveau à vivre, à aimer, à savoir qu'elle peut et qu'elle a le droit de penser par elle-même.

    Avant Paris, elle connaîtra d'autres lieux, notamment aux États-Unis, pays qui laissera en elle d'étranges impressions.

    Attention : le voyage est même philosophique, car notre pianiste découvrira, loin des camps, la philosophie chinoise et en vivra jusque dans son travail pianistique quotidien. 

 

    On apprend beaucoup avec ce livre : sur la Révolution culturelle, sur la nature de la déshumanisation et ses méthodes, sur la Chine de toujours, trop oubliée certainement (mais présente et opérante jusqu'à aujourd'hui dans les personnes, les familles...), sur la civilisation occidentale, sur le Paris artiste mais aussi sur la France si (hélas!) pleine de contradictions, sur l'art, la capacité d'aimer, les concerts, le travail du corps par la force de la pensée, la victoire sur la haine... On ne lit pas seulement Xiao-Mei : pris par l'émotion, et tout en apprenant, on communie à son récit, à ses souffrances, à sa progression, et même à son regard sur le monde, notre monde !

    De l'horreur à la pensée, de l'inhumanité jusqu'à la beauté qui sauve, n'est-ce pas là un voyage digne de vous, chère lectrice, cher lecteur ? Je vous souhaite donc bon voyage, bon dépaysement,

et bon retour à l'espérance pour la Chine, et pour la France !

Votre dévoué:

Estival.

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