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08/05/2014

Vocations de professeurs : crise de société ?

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       Non contente de manquer de professeurs, la France manque de candidats à ce métier. Les chiffres sont alarmants. Mais il est facile de se tromper à leur sujet : la crise des vocations n'est pas née de la dernière pluie ; et elle ne se limite pas à la petite cuisine des niveaux de salaire, pas plus qu'elle ne se laisse enfermer dans les dimensions de la seule Éducation nationale. 

 

        A.  On peut présenter le métier d'enseignant d'une façon matérielle, que certains qualifieront d'objective, en fournissant à l'opinion une sorte de documentation sèche. On verra par exemple comment le beau métier est présenté sur le site lEtudiant. Lien : profession professeur collège lycée.

 

        B.  D'une façon un peu moins sèche, mais encore très factuelle, on peut consulter la présentation fournie par l'ONISEP. Lien : métier professeur des écoles.

 

        C.  On peut s'interroger sur le degré d'importance des dégâts provoqués par le pouvoir politique et plus particulièrement pendant les années dites Sarkozy, surtout de 2007 à 2012. Comment l’Éducation nationale a-t-elle souffert de la part du pouvoir ? Comment les vocations au plus beau métier du monde ne s'en seraient-elles pas trouvées mises à mal ? Il faut lire sur ce sujet l'article de Nolwenn Le Blevennec dans lequel, en mars 2012, il abordait la question des "attaques portées à l'école depuis 2007". Les "coups" sont, d'après lui, au nombre de neuf. La lecture de cet article fait entrer dans l’abime des dégâts causés non seulement à l’Éducation nationale, mais encore à l'opinion. On frémit en percevant la gravité, la nocivité et l'efficacité des attaques. Voir, donc: Nolwenn Le Blevennec in Nouvel Observateur, 12 03 2012. Lien : Éducation nationale victime années Sarkozy.

 

        D.  Pourtant, une autre question se pose : la dégradation de l’Éducation nationale et la crise des vocations d'enseignants sont-elles uniquement de nature politique ? Et puis, tout ce mal grave et profond dont nous souffrons n'est-il pas apparu depuis plus longtemps et de manière plus globale, de façon plus ou moins liée à une crise plus vaste que le seul domaine de l’Éducation ?

        Tidiane Diakité faisait paraître, en 2006, un remarquable ouvrage intitulé "Mutations et crise de l'école publique. Le professeur est mort, vive le prof" (L'harmattan, 2006). Avec lui, nous abordons (dans le cadre de l'école) :

. l'agressivité et la violence

. le manque de candidats au métier de professeur

. la disparition du sens même de ce métier, ce qui contribue bien évidemment à lui ôter tout attrait

 . l'angoisse qui occupe une place de choix dans le quotidien de l'exercice du métier de professeur : angoisse, et très concrètement insécurité...

. la nécessité, désormais, de ne plus rechercher des solutions partielles, qu'elles soient de nature pédagogique ou autres, mais de procéder très largement, d'une façon politique au meilleur sens de ce mot, car l'école et la société ne peuvent plus se redresser l'une sans l'autre

. et cependant, dans l'immédiat, c'est la "souffrance" des enseignants qu'il faut d'urgence prendre en compte

        On lira donc "Éducation nationale : crise des vocations ?", un message de Tidiane Diakité sur son blog, 04 05 2014. Lien : Éducation vocations France

 

 

        CONCLUSIONS

        Les chiffres donnés, la nature des maux énumérés montrent que la tempête des années 2007 - 2012 n'a pas provoqué l'apparition de la grande crise actuelle. Le mal était déjà bien avancé lorsque ces attaques, terriblement violentes, se sont déchaînées : des attaques qui ont aggravé la situation de façon incommensurable par leur énormité, par la suppression de la présence de dizaines de milliers de personnes compétentes auprès de nos élèves, par l'arrogance à l'égard de la culture, du métier de professeur, et en fin de compte contre l'essence même de l’École, de l’Éducation, et de notre République, issues de la Résistance ! 

 

        Nous sommes désormais face à un mal qui affecte notre société dans son ensemble, un mal qui a très probablement travaillé la France depuis des années et provoqué simultanément :

 

  1/ la dégradation des mentalités (le "professeur" est devenu un "prof" sans sœur, aux contours plus flous qu'autrefois et pas encore renouvelés, cependant que les "valeurs", ou plus précisément leurs contraires, qui sont à la hausse, ressemblent bien davantage au dénigrement, au matérialisme, à l'individualisme, au matérialisme pratique, à la xénophobie, au sarcasme...)

 

  2/ la dégradation de la pratique enseignante au quotidien

 

  3/ la dégradation de l'image qu'on peut avoir de ce métier, de la pédagogie, du service public auprès des jeunes, de la grandeur de la tâche et de la valeur des services que le professeur rend aussi bien à ses élèves qu'à la société

 

  4/ la faiblesse, et le manque de culture morale et civique qui ont permis à la France de se méprendre sur un candidat pétillant et prometteur, au point de l'élire au plus haut poste de responsabilité politique pour cinq années durant lesquelles il a, avec des collaborateurs non moins remarquables si l'on peut dire, donné la mesure de son mépris pour la culture et pour l’Éducation 

 

  5/ la banalisation des dérives ainsi amorcées, puis aggravées, au point que l'on ne saurait plus trop dire si le mal est plus profond dans le pays en général ou dans l’Éducation nationale en particulier.

 

        Nous avons donc affaire à une crise de valeurs, de pratiques, de repères, de volonté commune, de gouvernance politique mais aussi d'identité culturelle au sens large : l'école fait apparaître la surface d'une tragédie profonde comme l'Océan. L'école, reflet de la société, nous renvoie de nous-mêmes une image alarmante.

        Mais attention : c'est aussi dans l’Éducation nationale que l'on trouve d'extraordinaires trésors d'inventivité, de dévouement, de sens du service public, de patience, de don de soi et de désintéressement. Ce sont là des formes de résistance, et des lumières d'espérance. 

 

        Nombreux sont désormais en France ceux et celles qui misent sur le dialogue, la générosité, l'inventivité, le désintéressement, la tolérance et le sens de l'autre. Que ce soit dans la société en général ou plus particulièrement dans l’Éducation nationale, de nouveaux comportements se font jour, honneur de bien des jeunes (et moins jeunes), qu'ils soient professeurs ou non, gage d'un avenir qui peut se révéler meilleur que prévu. France résiste !

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