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15/01/2014

Infantilisme dominant ou barbarie banalisée ?

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        A. Grâce à nos nouvelles capacités techniques, et dans ce cas plus précisément de l'ordre de l'internet, Annah Smith, 14 ans, s'est pendue ! La cause qui apparaît distinctement à l'origine de cette horreur est le nombre et l'intensité des "messages insultants" qu'elle a reçus (en ligne, bien entendu). On n'arrêtera donc jamais le progrès ! Lire Le Point, 09 08 2013. Lien : MESSAGES INSULTANTS.

 

        B. Le site qui a rendu possible l'exploit que nous venons de mentionner a perdu le bénéfice d'une bonne partie des publicités qui servent normalement à le financer. Alors, grands capitaux, avez-vous donc une âme ? Mais derrière les forces de la publicité, il y a des personnes responsables, qui sont ici rejointes par d'autres, venues de divers horizons. Sinon, comment expliquer le concours de David Cameron ? Donc, politiques, responsables dans divers domaines, et certainement citoyens nombreux et variés, nous avons tous une âme, mais Annah Smith n'a pas eu le temps de s'en apercevoir... C'est que le plaisir qu'ont pris ses "camarades", plus véritablement ses tortionnaires à la menacer jusqu'au suicide est un plaisir primitif, sauvage, barbare, qui a malheureusement trouvé sa place dans notre société contemporaine et dans nos cours de récréation, avec des prolongements sur la toile ! Oui, chers petits camarades cruels et inconscients, vous n'aviez pas appris, n'est-ce pas, qu'il est des choses qu'on n'a pas le droit de dire ? Qu'on n'a pas le droit d'écrire ? Qu'on n'a même pas le droit de penser ! Vous n'aviez pas appris que la personne est sacrée, et qu'elle constitue une sorte d'espace moral dans lequel il est interdit de pénétrer, comme il est ou était interdit de s'engager dans des espaces religieux, dans tel ou tel sanctuaire. Vous n'aviez pas appris que l'humanité s'est bâtie, dès avant même les diverses religions, sur le respect du sacré, de ce à quoi on ne touche pas, et que même on n'ose pas regarder en face... Il n'existe aujourd'hui, peut-être, plus rien de sacré, sauf la seule valeur à la mode : moi, je, moi-je, mon plaisir, ma fantaisie, mon irresponsabilité, mon droit de faire ce que je veux sans limites, sans tabous ni quoi que ce soit de "sacré" qui me forcerait à m'arrêter et à respecter l'Autre... Mais revenons à nos moutons, c'est à dire au malheur effroyable d'Annah Smith. On pourra lire Le Monde, 09 08 2013. Lien : TORTURE EN LIGNE.

 

        C. Des enfants "se pendent", des enfants pratiquent la "strangulation", des enfants prennent des risques, pour eux ou pour leurs camarades (est-ce vraiment le mot qui convient ?) dans des jeux (ce mot est-il approprié ?)... La mort est proche, le sens de la vie ne semble pas les éblouir, ni la nécessité de la respecter... On peut tout, on fait tout, on recherche des émotions, des sensations ! On n'a pas appris qu'il est des choses qu'on ne doit jamais faire, tout simplement parce que "ça ne se fait pas" (comme on disait sans doute, autrefois ?) ! Lire la contribution de Stadire, site Doctissimo, 02 06 2011. Lien : ENFANT SENSATIONS éMOTIONS DANGER DE MORT.

 

        D.Parfois des publicités risquent de favoriser, précisément, ce désir d'émotions fortes, et ce dans le cadre du ski hors-piste, mais ce n'est qu'un exemple. On prendra plus facilement le risque de déclencher des avalanches, on ne sera pas vraiment paralysé par la peur, ni par la prudence, voire par le respect de la montagne, qui après tout a bien le droit elle aussi de se faire respecter, non ? Certes, sa réaction est inconsciente, car la montagne n'est pas une personne, même pas un animal, mais elle sanctionne tout de même certaines façons de s'y prendre avec elle, qui sait ? Qui, parmi nous, alors que nous nous croyons résolument modernes, intelligents, capables de conquérir l'univers, qui donc parmi nous serait assez courageux pour s'interdire d'aller, de "pousser plus loin", de conquérir davantage,  assez courageux pour s'interdire une possibilité, un pouvoir, une occasion de dominer même la la montagne ? Qui prendrait la peine de se souvenir qu'il est, qu'il a toujours été des lieux au seuil desquels l'homme s'est arrêté, n'osant pas porter plus loin ses pas ? Qui parmi nous oserait affirmer qu'il trouve son bonheur dans le renoncement, dans la privation volontaire, la limitation imposée à soi-même, par amour, par vénération de l'Autre ? Alors, si tout n'est que calcul, calculez donc, bonnes gens, et mourrez en héros de la moderne connerie envahissante qui n'accepte ni sacré, ni tabous, et qui ne connaît de limites que celles de son propre plaisir, de sa propre satisfaction ! Mais revenons à nos moutons, aux simples réalité matérielles des planches qui glissent, des publicité, de la "vie réelle", quoi, avec ses avalanches et ses morts ! On lira Peter Siegenthaler sur le site de Swissinfo, 09 01 2014. Lien : SKI SENSATIONS FORTES DANGER DE MORT.

 

        E. Frustration ! Comme ce mot est odieux à nos oreilles modernes ! Comme il nous ramène en arrière, à l'époque des tabous, des interdits, des religions, magies et superstitions ! Voilà pourtant le mot qui semble fonder l'acte éducatif, si l'on en croit certaines autorités en la matière, et pas forcément des moindres... Oui, la frustration doit faire partie de nos apprentissages, et c'est même un apprentissage qui commence tôt et bénéficie ensuite à l'ensemble de notre vie. On doit apprendre que telle ou telle chose "ne se fait pas". "Bébé n'a pas le droit de mordre, comme l'ado n'aura pas le droit plus tard de tout casser" (voir article donné en lien hypertexte ci-dessous). Mais nous préférons sans doute avoir des enfants tyrans, pourvu qu'ils soient "sans complexes", et des adolescents déboussolés qui ne connaissent ni limites, ni tabous, ni sacré... Enfin, ça c'est ce que suppose Estival, auteur de "France résiste"... Pour revenir à nos moutons (quel troupeau, décidément...), rendez-vous sur Planet verbaudet. Lien : APPRENTISAGE DE LA FRUSTRATION.

 

        Au vu de ce qui précède, on pourrait donc imaginer une chose terrifiante, qui serait ceci : l'être humain, s'il n'est pas éduqué, s'il ne connaît pas les limites, l'Autre, la frustration, n'est pas véritablement humain, il est resté incomplet, il a profité des capacités de son cerveau mais n'a pas acquis le développement que, précisément, ce cerveau rendait possible : car l'être humain naît inachevé, et seule l'éducation mène le petit d'homme à la pleine réalisation de son humanité. Sinon, il demeure, une bête, un petit animal sauvage, dangereux, insonscient, irrespectueux de tout, capable de dévaster la planète, de voler l'argent et la femme de son prochain, de mettre dans sa poche l'argent public, d'agresser l'étranger, le voyageur... Et nous ne mentionnerons même pas la sauvagerie commune et quotidienne du plaisir français de dénigrement, quand ce n'est pas celui de l'humour raciste ! Et nous n'oserons pas faire la moindre allusion au respect, ou au non-respect de la vie privée... Non, Mesdames et Messieurs, nous n'oserons pas, car la liberté de tout détruire, tout mépriser, tout faire, tout dire, tout décrier, comme aussi la liberté de proposer des plaisirs, des jeux, enfin la liberté de ne pas respecter l'Autre, cette liberté là est notre valeur sacrée ; donc, nous nous plierons à ses exigences, et nous accepterons comme "Nécessité" les conséquences de la "liberté" sans limite, du MOI-JE sans limites !

 

 

        Et, pour aller encore plus loin :

      En remplaçant le "Moi Je sans limites" par un nouveau sens du sacré, dans un sens plus profond et plus large que la seule religion, nous pourrions nous retrouver plus humains, plus sains d'esprit, plus utiles dans notre vie publique. Ainsi, peut-être, seraient évitées à nos enfants une barbarie banalisée, et les affres d'un infantilisme bestial, triomphant.

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