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21/10/2013

Roms, Lampedusa : petites phrases et vrais enjeux.

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        Riche, immensément diverse est l'actualité. Pourtant, notre champ de conscience a été abondamment rempli ces derniers jours par deux sujets : une jeune fille expulsée de France avec sa famille et par ailleurs des dizaines et des dizaines de noyés dans le naufrage survenu au large de Lampedusa. Les langues se sont déchaînées, chacun a joué son rôle, un peu celui qu'on attendait. On pourrait dire, dans certains cas, que l'un ou l'autre de nos personnages publics et surtout politiques a même joué son numéro, médiatique ou électoral, ou les deux à la fois.  

        En profondeur, il s'agit de problèmes qui sont ceux de l'Europe avec elle-même (les Roms sont européens au plus haut point) d'une part, et de l'Europe avec les migrations internationales d'autre part, plus particulièrement avec l'Afrique. Il convient d'en tenir compte, et de ne pas en rester à des petites phrases ou à des émotions parfois trop bassement politiciennes... Il convient de sortir de la prison des mots qui font de toutes ces souffrances, de tous ces enjeux, des os à ronger pour affrontements sur fond de racisme, sur fond de peur de l'autre, avec un assaisonnement bien dosé de dénigrement généralisé.  

 

        1. Un poème, c'est (en peu de mots parfois) une vérité plus forte que les mots, plus grande que les phrases, plus essentielle que les raisonnements. Lampedusa est aussi une tragédie dans l'éclair de l'acte poétique.

        Il s'agit d'un poème de Tahar Bekri, qu'on a pu lire, exposé dans un musée à Lampedusa, dès 2011. Voir le site de Babelmed. Lien : Lampedusa tragédie poème.

 

        2. Le naufrage si abondamment commenté survenu à Lampedusa, cela ne représente pas seulement cent, deux cents ou plus encore de personnes qui ont péri en Méditerranée ce jour-là : il faut se souvenir des 17000 morts de ce genre survenues dans le cadre des embarquements désespérés d'Africains, notamment, qui souffrent suffisamment pour oser l'impossible. Il faut donc pleurer, certes, et chanter sa douleur en poèmes. Mais il convient aussi de réfléchir aux causes, et aux moyens à mettre en oeuvre pour y remédier sérieusement.  

        Tidiane Diakité, situant sa réflexion dans le cadre de l'Afrique, pose donc la question : "Pourquoi reste-t-on à la surface, à l'écume des choses, dès lors qu'il s'agit du continent africain ?", et il indique quels sont selon lui les "questions primordiales", sans oublier les actions indispensables pour (dans le cas plus précisément du Mali) "éviter l'émigration des jeunes Maliens vers l'Europe, tout particulièrement vers la France". Et sa réflexion nous emmène encore plus loin sur le chemin de la connaissance qui nourrit la pensée et dirige l'action. C'est sur le blog de Tidiane Diakité, 19 10 2013. Lien : Lampedusa Afrique migrants causes.  

 

        3. Victimes, voyageurs par choix, dans bien des cas voyageurs par nécessité, ils sont aussi européens, ils peuvent être tziganes, ou roms, français ou non. Ici se dresse la stature immense d'un homme qui se fait parole vaste et profonde comme le tragique shakespearien, appel poignant à notre bon sens et à la profondeur de notre humanité.

        Cet homme, cette voix, c'est "Alexandre Romanès, poète, luthiste baroque et directeur du cirque tzigane qui porte son nom". Vaste et splendide coup de gueule, ou cri du coeur avec intelligence, qui nous livre à la fois des épisodes de sa vie personnelle, des vérités sur le cirque, le don des langues étrangères, la culture, sans oublier nos propres moeurs politiques, nos habitudes de pensée, nos façons surprenantes d'obérer nous-mêmes l'avenir de notre société ;  sans oublier non plus ni Lampedusa, ni les Roms, ni les tziganes, ni Léonarda, ni les lois que nous nous sommes données, ni Gandhi, ni le baccalauréat, ni certains inquiétants souvenirs du "bruit assourdissant des bottes".

        Tout ça, c'est trop, ça fait un affreux mélange, ça ne peut pas être vrai, direz-vous... Oui : dans Shakespeare aussi, il y a trop, et c'est trop intense, et la façon de mélanger, si l'on peut dire, pourrait faire présager du pire résultat, alors que le résultat est complet, équilibré dans la transcendance ; et profond, même dans le plus concret et le moindre détail ! Certains, voyez-vous, ont du génie. Le coup de gueule de monsieur Alexandre Romanès nous rappelle que ce monsieur-là, précisément, a du génie. Voir Libération, 17-18 10 2013. Lien : Alexandre Romanès visionnaire du monde.

 

On n'y peut rien : 

la vérité ne se sent pas à l'aise

dans les frontières des esprits mesquins.

Au diable les petites phrases,

et vivent les paradis

du coeur et de l'intelligence

lorsque, fort heureusement,

il se trouve qu'en France,

ça résiste !

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