Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

07/07/2013

Prier dans la rue : est-ce forcément faire des "prières de rue" ?

.

"Prières de rue" : simple description ou appel à l'émotion ?

 

        C'est Marine Le Pen qui a attiré l'attention en utilisant l'expression "prières de rue", comme on le voit dans l'activité actuelle du Parlement européen, puisque cettte assemblée a voté la levée de l'immunité parlementaire de Marine Le Pen, et ce au sujet de ou autour de l'affaire des "prières de rue" comparées à une occupation du territoire national "sans blindés ni soldats". Voir France 24, à la date du 02 07 2013. Lien : Prière rue émotion.

 

        La Justice doit, semble-t-il, s'occuper de la comparaison avec une "occupation". Notre propos est bien plus modeste : le fait de parler de "prières de rue" est-il indifférent ? Bien sûr, l'expression signifie qu'il y a des gens qui ont prié dans la rue. En l'occurrence, il s'agissait de personnes qui priaient, dans la rue, tiens, pardi !

 

On a toujours prié dans la rue ! 

 

        On sait que les chrétiens, les juifs, les musulmans prient sans cesse. Et cela correspond bien aux textes sacrés sur lesquels ces trois religions sont fondées. On a vu des chrétiens prier dans les rues des villes et villages de France, et d'autres pays, y compris sous la forme de processions, avec force oripeaux, chants, litanies, prières de diverses natures. Prier dans la rue n'est donc pas une nouveauté chez nous, ni ailleurs dans le monde. 

        On a pu entendre, il y a peu, une voix qui déclarait à la radio que des personnes avaient prié dans la rue : cela permettait d'éviter l'expression "prières de rue". Mais Marine Le Pen, elle, n'a pas contourné l'expression, elle l'a même utilisée de façon remarquée...

 

Le français utilise la préposition "de" sans que cela soit une injure !

 

        On pourrait dire, pour banaliser l'affaire, qu'il existe des poissons de mer et des poissons d'eau douce, et que cela ne jette le discrédit ni sur les uns, ni sur les autres de ces animaux merveilleux. On pourait dire aussi qu'il existe des fêtes, mais qu'on évoque aussi, et sans le moindre mépris, des "fêtes de village" ou des "fêtes de quartier".

 

Les mots sont parfois plus méprisants que ce qu'on croit...

        Oui, mais en sens inverse on fera remarquer que, si traiter un homme de "marin" ne lui fait pas injure, par contre le traiter de "marin d'eau douce" évoque une certaine nullité de sa part lorsqu'il s'agit de naviguer en plein océan.

        Et puis, que peut-on opposer à "prières de rue" ? A-t-on jamais parlé de prières de salons, de prières de chapelles, de prières d'églises, de prières de cathédrales, de prières de synagogues, de prières de mosquées ? En vérité, il s'est toujours agi de personnes qui priaient dans divers édifices. Et lorsque l'édifice fait défaut, certains prient dans la campagne, ou sur les pentes des massifs montagneux ou encore, plus particulièrement dans notre monde fortement urbanisé, dans les rues.

 

        Donc, autant il est possible en français de parler de personnes qui prient dans la rue (ou dans les rues si l'on y tient), autant l'expression "prières de rue", utilisée au pluriel, semble relever de l'innovation.

 

 

"Prières de rue" ne va pas sans quelques résonances émotionnelles.

 

         Reste donc à savoir si l'expression sert uniquement à dire que des personnes ont prié dans la rue, ou bien si elle éveille, qu'on le veuille ou non (que Marine Le Pen s'en soit rendu compte ou non) des sentiments, des rapprochements d'idées, des émotions. Le lecteur jugera par lui-même ! La tournure de phrase peut susciter, en tout cas, un agacement à l'idée que des gens utilisent régulièrement la rue, notre rue, nos rues, pour se livrer à leurs activités de prière, qui ne sont pas les nôtres et qui nous encombrent, nous dérangent, nous gênent dans notre espace. Cela n'est pas dit explicitement, cela est suggéré émotionnellement. On sait comment fut utilisé de cette façon le mot "croisade" par un haut dignitaire du précédent quinquennat (voir "croisade" dans ce blog en le saisissant dans l'onglet de recherche interne).  

        Quant aux juifs, musulmans ou chrétiens qui resteront fidèles à l'appel de leur religion, ils ne manqueront pas de prier en tout temps, en tout lieu, en toute circonstance. Ils construiront des synagogues, des temples, des mosquées, des cathédrales. L'art et la beauté accompagneront souvent leurs réalisation architecturales. Et, là où le bâtiment ferait défaut, la prière se déroulera certainement, que ce soit dans les catacombes comme au temps des persécutions contre les chrétiens de Rome, ou que ce soit de façon discrète, sans lieu précis. Ni la prière, ni les monuments religieux ne datent d'aujourd'hui ! Par contre, les "prières de rue" sont une vraie nouveauté, une nouveauté de nature moins mystique qu'émotionnelle dans le pire des sens possibles, peut-être, qui serait de constituer un premier pas vers un "appel à la haine" pour lequel le Tribunal de Lyon a obtenu du Parlement européen que soit levée l'immunité parlementaire de Marine Le Pen (cf. lien hypertexte ci-dessus vers France 24). Cela fait froid dans le dos. Marine ne s'est sans doute pas bien rendu compte que ses mots, puis l'évocation d'une "occupation", allaient dans le même sens, celui d'un flot émotif que la France ne supporte plus ! Et les députés européens non plus, apparemment... 

.

Les commentaires sont fermés.