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21/08/2010

Peut-on comparer juifs et Roms, voire sans-papiers... ?

.Ce message, écrit le 31 08 2010, est publié ici en date du 21 10 2010, pour ne pas surcharger la page des messages de la fin de ce mois d'août !

    La comparaison a été faite : c'est comme les juifs pendant la guerre... Cette comparaison est choquante. Elle doit être évitée. Mais quand on a dit cela, a-t-on vraiment tout dit ?

A / Non, on ne peut pas comparer !

    En effet, dans un cas nous avions affaire à une mise à mort massive, systématique, s'appuyant sur une idéologie et une méthode de (mauvais) raisonnement élaborée. Dans l'autre, nous avons affaire à de "simples" (!) actes d'éloignement à destination de pays civilisés dans lesquels les Roms sont simplement stigmatisés, rejetés, détestés, menacés... Et les sans-papiers, les demandeurs d'asile, les réfugiés déclarés "illégaux" ne sont renvoyés "que" vers des pays où ils risquent la pauvreté, la misère, la faim, la mort avec ou sans torture ! Ce ne sont pas des "camps", ce ne sont que des "cas". L'horreur de l'extermination des juifs, des tsiganes, des homosexuels sous la terreur nazie a donc une toute autre dimension que les malheurs isolés de près de 30 000 expulsés de France chaque année. Vous voyez, on peut être aveuglé par tant d'expulsions, tant de souffrance, tant d'injustice, au point de ne plus se rappeler l'immensité, la totale démesure des persécutions nazies et leur caractère "scientifique", "idéologique"... Gardons donc le sens des proportions et de la nature des évènements, et ne mélangeons pas l'immense avec l'infini, le malheur avec le cataclysme, l'injustice avec la négation totale de l'Humanité.

B/ Oui, on peut évoquer, se souvenir, dire "ça me rappelle", si c'est cela que comparer veut dire.

    En effet, si vous avez vu en classe de cinquième votre voisin de droite (et ami) s'effondrer en sanglots dès le début d'un cours de français fait par notre professeur admiré, adulé, estimé comme un demi-dieu tant ses cours étaient extraordinaires (mon voisin ami et moi-même partagions cette admiration et bien d'autres enthousiasmes); et si vous avez essayé de savoir pourquoi le voisin de classe et ami pleurait si fort, et si vous avez donc reçu sa parole "Mon père ne reviendra pas" alors que vous, votre père venait de revenir d'Allemagne après sa captivité..., si vous avez vécu cela, et si vous voyez un enfant arrêté devant ses camarades, envoyé en centre de rétention pour étrangers avant expulsion vers le pays où lui et ses parents ne peuvent attendre que du malheur, voire la faim, la persécution, la mort..., alors OUI vous frémissez en vous-même, vous frémissez de honte, de pitié et de fureur ! Et vous dites "C'est comme au retour de mon père en 1945", "c'est comme pendant la guerre quand "ils" arrêtaient les juifs.

    Sur le plan du raisonnement logique, comparer ce qui n'est pas comparable est à éviter ! Mais sur le plan de la souffrance et de la colère que peuvent susciter les actions en cours pour conquérir l'électorat de droite extrême, là, par contre, on peut "se souvenir".

    Prenons une comparaison, uniquement pour l'aspect technique,  _que les philosophes appellent "la logique"_  du raisonnement. Disons que si vous avez assisté à l'enlèvement d'un gosse qui, ensuite, a été violé puis assassiné, et s'il vous arrive un jour de 2010 (simple supposition) de voir un autre gosse se faire embarquer dans une voiture, votre sang ne fera qu'un tour, et vous direz : "C'est comme l'autre fois". Bien sûr, ce n'est pas comme l'autre fois. Le gosse sera bien traité ! Tout de même, il y a des choses qu'on ne fait pas ! Et il y a des révoltes qui, brisant la logique, heurtant la mémoire des persécutions nazies, sont tout de même bonnes pour bousculer nos consciences et peut-être rendre une conscience à tel ou tel qui semble ne guère s'en embarrasser.

    La logique est implacable, certes. L'Histoire est une science et elle a sa logique, ses méthodes, sa rigueur. Mais le coeur a ses souvenirs, ses instincts, ses raisons : ne lui donnons pas trop vite tort quand il explose de colère dans sa soif de justice ! N'oublions pas la grande leçon des évènements les plus sombres de notre histoire : quand on touche à un seul être humain en lui ôtant sa dignité de personne humaine, on détruit déjà l'Humanité de toutes les personnes humaines du monde ! N'oublions pas que la torture commence (disent les torturés quand ils témoignent) à la première gifle, au premier geste ou mot qui rabaisse la personne et lui ôte sa dignité.

    En somme, sur le plan de la logique (discipline bien précise de la philosophie) une affirmation peut-être exacte ou erronée selon qu'on la place dans une situation ou dans une autre. Comme les trois points sur la feuille de papier : si je compte les points, ça fait trois. Si je regarde bien, je constate que deux points déterminent un segment de droite ou une droite, alors qu'avec trois points je détermine une surface, un plan... On a donc le droit, parfois, de dire des vérités qui semblent contradictoires. Par exemple: "c'est comme pendant la guerre" et "c'est comme pendant la guerre" !

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